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Auteur

André SAINJON
Fédération : Val-d’Oise

Le plan automobile du gouvernement : une nécessité, des réserves et le risque de la désillusion ?

jeudi 26 juillet 2012

Le gouvernement a dévoilé les mesures prises pour sauver l’industrie automobile en France : - dopage du bonus-malus, - aide aux équipementiers, - accès à des crédits moins chers pour la filière, incitation à l’acquisition de véhicules non polluants dans le parc de véhicules urbains par les services de l’Etat, des collectivités territoriales et dans les grandes entreprises publiques. Par ailleurs il a annoncé la tenue, mi-septembre, d’une négociation des branches de la filière automobile sur l’adaptation de l’outil automobile en France.

S’agissant des dispositions prises tant sur le fond, à travers les moyens dévolus, que sur la forme, par la méthode utilisée, rien n’évoque les changements annoncés ; le gouvernement, confronté à l’actualité, utilise les mêmes principes que ses prédécesseurs avec probablement les mêmes insuffisances et forcément le même risque, celui d’un nouvel échec du plan proposé.

La situation de la filière automobile en France n’est pas seulement liée à la concurrence mondiale ou encore au coût du travail dans notre pays. Elle est largement la conséquence d’un environnement économique, social et sociétal qui a évolué, certes par la dimension nouvelle d’une mondialisation exacerbée avec les règles qui la dirige, mais aussi en fonction des besoins de nos concitoyens, dont la question du parc automobile en particulier dans ce cas, d’une part, et de la persistance de relations historiquement conflictuelles entre les partenaires sociaux, d’autre part ; le tout dans un contexte de pouvoir d’achat en berne et la menace récurrente de la récession en perspective.

Cette situation n’est pas propre à l’industrie automobile, elle touche la plupart des grandes entreprises de tous les secteurs de l’industrie, y compris agro-alimentaire, mais aussi et surtout le tissu des PME/PMI et autres TPE largement tributaires, pour la plupart d’entre elles, de leur condition principale de « sous-traitants » des premières. C’est la première différence, au-delà des questions sociales, que nous ayons avec l’Allemagne.

L’octroi de moyens financiers et les autres dispositions ou mesures, bien que pouvant répondre en partie à une situation d’urgence ne sauraient être une fin en soi et changer le cours de l’histoire à terme. Ils ne peuvent se justifier que dans le cadre de la définition de politiques sectorielles économiques, industrielles et sociales modernes, réfléchies, cohérentes et performantes.

Cela passe pour chacun des secteurs industriels concernés par la définition et la planification des objectifs tant qualitatifs que quantitatifs, la mobilisation et l’organisation voire la mutualisation des moyens dévoués à la recherche/développement et à l’innovation, et enfin une réflexion sur les conditions d’exploitation ou de production nécessaire à l’atteinte des objectifs ainsi déterminés dont l’emploi, l’organisation et les conditions de travail.

L’organisation d’une négociation des branches de la filière automobile sur l’adaptation de l’outil automobile en France annoncée pour mi-septembre peut s’inscrire dans cette perspective. La condition est qu’elle s’intègre, au-delà de ses propres prérogatives professionnelles et sociales, dans une démarche plus large considérant aussi la place et les évolutions programmées de l’automobile dans le contexte économique actuel et à venir, dans un environnement en perpétuelle évolution à plusieurs échelles : en France, en Europe et dans le monde ; réfléchies par tous les acteurs de la société : ceux des institutions, ceux du monde économique et social mais aussi plus simplement le consommateur ou encore le citoyen, intéressés au premier chef par ce que sera le monde de demain.

Le dossier Peugeot, outre l’urgence de la situation qu’il fallait certes prendre en considération, est l’occasion de poser les jalons de ce renouveau de l’industrie française, tant sur la forme, par la démarche, que sur le fond par la définition de politiques industrielles considérant notamment l’innovation et les perspectives plutôt, sinon au moins autant, que le rendement financier.

Car demain, d’autres entreprises, d’autres salariés, après Peugeot et la médiatisation de sa débâcle sociale, seront concernés par la réalité de la conjoncture et du contexte économique et financier dominant, avec son lot de suppressions d’emplois tout aussi inadmissibles, tout aussi inacceptables.

Le changement se trouve dans cette démarche novatrice. Il nécessite la mobilisation de tous dans ce sens, notamment les acteurs économiques et sociaux ; faute de quoi après les réserves et les insatisfactions que suscitent forcément les dispositions prises par rapport aux attentes de chacun, malgré les moyens dévolus, demeure caché le risque ultime de la désillusion.

Pour avoir été, dans le début des années 1980, en tant que Secrétaire Général de la métallurgie CGT, l’un des principaux acteurs dans la gestion des conflits et des différents plans liés à la situation dégradée et difficile que connaissait déjà le secteur de la construction automobile en France ou encore celui de la sidérurgie, nous avions su, chacun, à cette époque, dépasser nos propres certitudes pour leur donner un nouvel essor et un avenir reconsidéré en fonction du contexte d’alors avec notamment le sauvetage de plusieurs sites déjà menacés, dont Poissy et Aulnay pour ne citer qu’eux, et la sauvegarde de milliers d’emplois. Un exemple à méditer par rapport au cas Peugeot d’actualité.

Le contexte n’est certes plus le même, la conjoncture non plus, ni d’ailleurs le rythme des évolutions, mais le principe reste identique et il a fait ses preuves. A chacun d’y apporter sa contribution. C’est une des conditions nécessaires et obligatoires pour atteindre l’objectif recherché ; la perspective d’un avenir meilleur pour l’industrie dans notre pays et, en conséquence, pour l’emploi et, plus généralement, pour tous nos concitoyens.

Légende photo : projet du modèle de Renault scenic dotée d’une pile combustible à hydrogène. Crédits FlickR

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